Les sonnets de Baudelaire

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Les sonnets de Baudelaire

Message  Gil Def le Ven 28 Déc - 13:01


EXEMPLES DE POEMES A FORME FIXE

LES SONNETS DE CHARLES BAUDELAIRE

Baudelaire a usé de toutes les ressources de la disposition des rimes.

Voici quelques exemples montrant la variété de ses sonnets:

SONNETS CLASSIQUES
Exemple n° 1 : ABBA puis ABBA puis CC/DEED
Exemple n° 2 : ABBA puis ABBA puis CC/DEDE

SONNETS IRREGULIERS
Exemple n° 3 : ABAB puis CDCD puis EE/FGFG
Exemple n° 4 : ABAB puis CDCD puis EE/FGGF
Exemple n° 5 : ABBA puis CDDC puis EEF EFF
Exemple n° 6 : ABBA puis CDDC puis EE FF GG
Exemple n° 7 : ABBA puis ABBA puis BA AB AB

SONNETS ELISABETHAINS
Exemple n° 8 : ABBA puis BAAB puis CDDC/EE
Exemple n° 9 : ABBA puis CDDC puis EFEF/GG

SONNETS CLASSIQUES

Exemple n° 1 : BOHEMIENS EN VOYAGE

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L'empire familier des ténèbres futures.

Mètre du vers : alexandrins
Nombre de rimes : 5
Schéma : ABBA puis ABBA puis CC/DEED


Exemple n° 2 : PARFUM EXOTIQUE

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Mètre du vers : alexandrins
Nombre de rimes : 5
Schéma : ABBA puis ABBA puis CC/DEDE


SONNETS DITS IRREGULIERS

Exemple n° 3 : L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

O douleur ! ô douleur ! le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABAB puis CDCD puis EE/FGFG

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 7 au total au lieu de 5, 4 pour les deux quatrains au lieu de 2
. Disposition des rimes : rimes croisées dans les deux quatrains


Exemple n° 4 : L'IDEAL

Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,
Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,
Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme,
C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,
Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans ;

Ou bien toi, grande Nuit, fille de Michel-Ange,
Qui tors paisiblement dans une pose étrange
Tes appas façonnés aux bouches des Titans !

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABAB puis CDCD puis EE/FGGF

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 7 au total au lieu de 5, et 4 pour les deux quatrains au lieu de 2
. Disposition des rimes : rimes croisées dans les deux quatrains


Exemple n° 5 : ALCHIMIE DE LA DOULEUR

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un: sépulture !
Dit à l'autre: vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Mètre du vers : octosyllabes
Schéma : ABBA puis CDDC puis EEFEFF

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 6 au total au lieu de 5, et 4 pour les deux quatrains au lieu de 2
. Disposition des rimes dans les deux tercets de fin


Exemple n° 6 : DE PROFUNDIS CLAMAVI

J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,
Du fond du gouffre obscur où mon coeur est tombé.
C'est un univers morne à l'horizon plombé,
Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;

Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,
Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;
C'est un pays plus nu que la terre polaire ;
- Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !

Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse
La froide cruauté de ce soleil de glace
Et cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;

Je jalouse le sort des plus vils animaux
Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide,
Tant l'écheveau du temps lentement se dévide !

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABBA puis CDDC puis EE/FFGG

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 7 au total au lieu de 5, et 4 pour les deux quatrains au lieu de 2
. Disposition des rimes du sizain final (présenté en deux tercets) comportant un distique et un quatrain en rimes plates


Exemple n° 7 : SONNET D'AUTOMNE

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal:
"Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ?"
- Sois charmante et tais-toi ! mon coeur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l'antique animal,

Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m'invite,
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l'esprit me fait mal !

Aimons-nous doucement. L'Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal:

Crime, horreur et folie ! -ô pâle marguerite !
Comme moi n'es-tu pas un soleil automnal,
O ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABBA puis ABBA puis BAABAB

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 2 au total au lieu de 5
. Disposition des rimes dans les deux tercets de fin


SONNETS ELISABETHAINS OU SHAKESPEARIENS

Exemple n° 8 : LA VIE ANTERIEURE

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABBA puis BAAB puis CDDC/EE

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Disposition des rimes du second quatrain, et du sizain final (présenté en deux tercets) comportant un quatrain à rimes embrassées et un distique (deux vers à rimes plates) pour finir



Exemple n° 9 : LA BEAUTE

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Eternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris;
J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes, devant mes grandes attitudes,
Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études;

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,
De purs miroirs qui font toutes choses plus belles:
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Mètre du vers : alexandrins
Schéma : ABBA puis CDDC puis EFEF/GG

Différences par rapport aux sonnets classiques :
. Nombre de rimes : 7 au total au lieu de 5, et 4 pour les deux quatrains au lieu de 2
. Disposition des rimes du sizain final (présenté en deux tercets) comportant un quatrain à rimes croisées et un distique (deux vers à rimes plates) pour finir

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