L'ennemi- Charles Baudelaire / Commentaires

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L'ennemi- Charles Baudelaire / Commentaires

Message  Gil Def le Ven 22 Fév - 20:42

L'ennemi - Charles Baudelaire

NOTES ET COMMENTAIRES SUR LE TEXTE




 INTRODUCTION
Ce poème est un sonnet. Charles Baudelaire use souvent de cette forme dans Les Fleurs du Mal avec de multiples variantes quant à la disposition des rimes. Ce sonnet dont les rimes se présentent selon le schéma ABAB-ABAB-CCD-EDE ne respecte pas la disposition des rimes des sonnets classiques notamment pour les quatrains.

" L'ennemi", dans ce poème, c'est le temps, composante majeure du spleen baudelairien. On retrouve cette idée d'angoisse face au temps qui passe dans les poèmes "L'Horloge" et "Le goût du néant". Dans ce texte, le poète décrit l'angoisse consciente du temps qui passe.
   
   
  I. LES SAISONS D’UNE VIE EN METAPHORE FILEE

Ce poème s'articule autour d'une métaphore filée sur le thème des saisons et du climat, et de leurs effets sur un jardin. Le poète s'implique directement dans cette description. Les saisons en ce jardin sont les étapes de sa vie.

PREMIER QUATRAIN :
LA JEUNESSE COMME UN ETE BOULEVERSE


Le premier quatrain concerne la jeunesse du poète. Elle est comparée à un été bousculé, bouleversé, par des intempéries plus que déplaisantes : "orage" (vers 1) et "le tonnerre et la pluie" (vers 2). Charles Baudelaire en fait un bilan rapide entre les épisodes heureux, ceux des "brillants soleils", (vers 2) et des "fruits vermeils"  (vers 4) et les épisodes malheureux, ceux qui tiennent à "un ténébreux orage" (vers 1) ou au "ravage" (vers 3). On note que Charles Baudelaire met en œuvre cette balance entre épisodes heureux et malheureux par des vers à rimes croisées selon le schéma ABAB et non selon le schéma classique ABBA. Il utilise aussi une ponctuation marquée.
Finalement, il conclut d’une manière négative, par une formule d’insistance très restrictive "bien peu" (vers 4) de ce qui lui reste dans le "jardin" de ces jeunes années.

DEUXIEME QUATRAIN :
L’AUTOMNE COMME UN PRESENT DE RESIGNATION


Le deuxième quatrain évoque l'automne. "Voilà que" (vers 5), cela traduit une annonce claire du temps présent, qui est pour lui "l'automne des idées" (vers 5)". C’est un temps qui le mène à une sorte de résignation à cause du regard sur des "terres inondées". Il lui semble bien dur de rassembler, d’utiliser, ce qu’il nomme "la pelle et les râteaux" (vers 6) c’est-à-dire les outils de sa force créatrice. Il se résigne comme au déclin de sa vie. Ne fait-il pas déjà "des trous" creusés par l’eau des trous "grands comme des tombeaux" (vers 8.) ?

PREMIER TERCET :
COMME UN ELAN D’ESPOIR VERS UN NOUVEAU PRINTEMPS


Le premier tercet suggère un élan d'espoir en commençant par : "Et qui sait" (vers 9). Ici on espère un printemps, des "fleurs nouvelles" (vers 9), ce qui évoque par ailleurs le titre même du recueil "Les Fleurs du Mal". A cette époque de l'année, les fleurs bourgeonnent, la nature renaît. Baudelaire espère qu'à nouveau son inspiration et ses idées renaîtront. Il voudrait être comme la nature au printemps renouvelée, comme purgé, "lavé" (vers 10), purifié, comme revigoré d’un "mystique aliment" (vers 11).

DEUXIEME TERCET :
COMME UN HIVER GLACIAL SANS LE NOMMER


Le deuxième tercet vient mettre un terme à l’espoir du premier tercet. Le thème du temps fuyant de façon inexorable revient avec force et désolation "Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie" (vers 12). Le temps "l’ennemi" rendra livide toute ambition. L’hiver est là pour le poète même s’il n’est pas nommé.

 II. LE TEMPS EN THEME DOMINANT

Si le poète ne peut renaître comme la Nature le fait, c'est que le temps l'a conduit à sa perte.

Le thème du temps qui fuit se lie presque automatiquement à l’idée de la mort. Cette idée est présente dès le deuxième quatrain. "L’eau creuse des trous grands comme des tombeaux" (vers 8.). L’eau est là personnifiée dans le rôle d'un fossoyeur, c’est une eau morbide alors que l’eau est le plus souvent cet élément terrestre qui donne vie aux choses.
La deuxième strophe dresse un tableau catastrophique des idées de Baudelaire sur son jardin c'est-à-dire sur sa vie comme "terres inondées" et comme "tombeaux".
Le thème du texte n’est réellement nommé qu'à la fin du poème en termes bruts : "Le Temps mange la vie" (vers 11). Le temps est ainsi une sorte de monstre "obscur" qui "mange" et "ronge". Il est le responsable d’une terrible souffrance exprimée par la répétition de l’exclamation "O douleur" (vers 11). Le temps semble se nourrir de l'énergie vitale de l'homme. C’est comme un parasite ou un vampire qui détruit toute possibilité d'inspiration nouvelle.
Notons que le passage du "je" au "nous" à la fin du poème évoque la fatalité, pour tous les êtres humains, à devoir supporter l'accablement du temps qui passe.

   
CONCLUSION

Ce poème est un grand témoignage du spleen vécu par Baudelaire. Le poète met en forme ce malaise existentiel, comme pour l'exorciser. Même si les effets du temps sont inéluctables, cet exorcisme est sans doute salutaire pour Baudelaire et ses lecteurs.

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