Hymne à la beauté - Charles Baudelaire

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Hymne à la beauté - Charles Baudelaire

Message  Gil Def le Mer 23 Jan - 13:03

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DU BONHEUR ET DU MALHEUR D’AIMER

PORTRAITS DE FEMMES


C'est un poème de la première partie intitulée "Spleen et idéal" (XXI).
Ce poème de 1860 ne figurait pas dans la première édition. C'est sans doute une des réponses à sa condamnation pour outrage en 1857. Ce poème vient en clôture de la partie consacrée à l'idéal avant celle du spleen. Il annonce aussi une série de poèmes consacrées à la mulâtresse Jeanne Duval avec qui il eut une liaison pendant vingt sept ans. Ce poème fit l'objet d'un énorme travail si on en juge par les multiples corrections sur les manuscrits de Baudelaire.




Hymne à la beauté
Charles Baudelaire





Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?


- Les fleurs du mal -















Pour aider à la compréhension du poème "Hymne à la beauté", il est utile de lire cet extrait du journal de Baudelaire qui évoque sa conception de la Beauté.  
- J'ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.
C'est quelque chose d'ardent et de triste, quelque chose d'un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l'on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l'objet par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c'est une tête qui fait rêver à la fois, — mais d'une manière confuse, — de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, — soit une idée contraire, c'est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associés avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau. " (Fusées. XVI)




Dernière édition par Gil Def le Jeu 24 Juin - 7:27, édité 13 fois

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