05. L'octosyllabe

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05. L'octosyllabe

Message  Gil Def le Ven 23 Nov - 10:59

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LEXIQUE POETIQUE

- L'OCTOSYLLABE -





DEFINITION

L’octosyllabe peut être considéré comme le vers simple le plus long, c’est-à-dire le segment le plus long que l’on puisse reconnaître sans avoir recours à une décomposition.


HISTORIQUE

C’est le plus ancien des vers français, apparu au Xe siècle.

Au Moyen Age, il est présent dans de nombreux genres : dans les poèmes narratifs de Chrétien de Troyes, dans les lais de Marie de France, dans le Roman de la Rose, le Roman de Renart, dans le Testament de Villon, dans des fabliaux, dans des farces et même dans des tragédies.

Il est moins répandu au XVIe siècle, mais c’est le vers utilisé dans le célèbre poème " Mignonne allons voir si la rose" de Ronsard. Sa vogue reprend au XVIIe dans des genres "mineurs" mais on le trouve aussi chez Corneille ou chez La Fontaine. Au XVIIIe siècle, il n’est utilisé que pour des poèmes courts. Au XIXe, il est de nouveau utilisé dans la grande poésie lyrique. On le trouve chez Baudelaire, chez Verlaine, et chez Apollinaire.

A l’époque moderne, il est toujours le vers le plus utilisé après l’alexandrin.
Son succès est lié sans doute à sa souplesse d’utilisation puisqu’il n’y a pas de césure obligatoire. Il est présent dans la chanson notamment chez Brassens et Brel.



EXEMPLES

La Chanson du Mal-aimé

à Paul Léautaud.

Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s'il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Que tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Égypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique

Au tournant d'une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant

C'était son regard d'inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d'une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l'amour même

Lorsqu'il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse
Son vieux chien de lui se souvint
Près d'un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu'il revînt

L'époux royal de Sacontale
Las de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D'attente et d'amour yeux pâlis
Caressant sa gazelle mâle

J'ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l'enfer se fonde
Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes voeux
Pour son baiser les rois du monde
Seraient morts les pauvres fameux
Pour elle eussent vendu leur ombre

J'ai hiverné dans mon passé
Revienne le soleil de Pâques
Pour chauffer un coeur plus glacé
Que les quarante de Sébaste
Moins que ma vie martyrisés

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s'éloigne
Avec celle que j'ai perdue
L'année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

Je me souviens d'une autre année
C'était l'aube d'un jour d'avril
J'ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l'amour à voix virile
Au moment d'amour de l'année

Guillaume Apollinaire (1880-1918) - Alcools

¤

Mignonne, allons voir si la rose

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard (1524-1585) - Les Odes




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