07. L'alexandrin

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07. L'alexandrin

Message  Gil Def le Ven 23 Nov - 13:50

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LEXIQUE POETIQUE

- L'ALEXANDRIN -





DEFINITION

L'alexandrin est le seul vers qui a un nom spécifique qui ne soit pas fondé sur sa quantité syllabique puisqu'on devrait appeler ce vers de douze pieds le dodécasyllabe.


HISTORIQUE

Son origine est très discutée. Il apparaît au début du XIIe siècle, et son nom ne lui est donné qu'au début du XVe siècle en raison d'un poème sur Alexandre le Grand datant de la fin du XIIe siècle.
Il est utilisé au XIIIe siècle dans les épopées, les chansons de gestes, les discours majestueux avant de connaître une éclipse presque totale aux XIVe et XVe siècles. A partir de la seconde moitié du XVIe siècle, il va remplacer le décasyllabe dans la poésie lyrique, dans la tragédie, et dans la comédie. Au XVIIe siècle, il devient le vers préféré, "le grand vers".

Aujourd'hui, le vers de douze pieds est le plus répandu dans la poésie française.  


RYTHMES

- Le rythme classique divise l'alexandrin en deux hémistiches 6 + 6

Exemple :
Que toujours dans vos vers // le sens, coupant les mots
Suspende l'hémistiche, // en marque le repos (Boileau)

Mais la césure à l'hémistiche offre de multiples possibilités puisque chacun d'eux peut être partagé de multiples manières : 1+5, 2+4, 3+3, 4+2, 5+1.

- Le rythme binaire le plus régulier est ainsi : 3+3+3+3

Exemple
« Je le vis/, je rougis,// je pâlis/ à sa vue/ » (Racine)

- Le rythme ternaire 4 + 4 + 4 est utilisé aussi parfois

Exemple
Toujours aimer, / toujours souffrir, / toujours mourir (Corneille)

- Avec et après les romantiques, les poètes se sont affranchis de la marque syntaxique de la césure.

Exemple
Et la tigresse épou/vantable d'Hyrcanie (Verlaine)
La césure est ici au milieu du mot "épouvantable"

Certains n'hésitent pas à parler d'assassinat de l'alexandrin pour des vers en douze pieds ne respectant pas la forme classique.


EXEMPLE

Extrait de l'Art poétique

Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.

Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.


Boileau (1636-1711) L'Art poétique




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