Ainsi va la vie : L'enfance

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Ainsi va la vie : L'enfance

Message  Gil Def le Sam 8 Mar - 13:05




AINSI VA LA VIE : L'ENFANCE

- Essai de Gil DEF -





Le thème de l’enfance est un thème qui se relie évidemment à celui du temps.

L’ENFANCE RESSEMBLANT AU TEMPS SOURIANT

Il faut sans doute être devenu grand au sens propre et au sens figuré pour écrire l’enfant, l’enfance. On écrit souvent l’enfance comme en décalage, comme un passé bien présent. C’est le temps des souvenirs, c’est le temps des images données par les parents et on les répète comme en héritage, et c’est le temps des images vraies qui essaient de se retrouver et qu’on déforme souvent, inconsciemment ou non.

C’est le premier temps, le temps marquant. C’est à beaucoup le temps ressemblant au temps souriant, innocent ❶, insouciant ❷, et insolent. C’est le temps du pourquoi, du comment, des découvertes ❸ et des émerveillements ❹.
C’est le temps des nostalgies ❺, comme on voit belle la vie ❻, forte des amours maternelle, paternelle ❼, fraternelle forte d’aventures et de plaisanteries, belle même dans la chute dans la boue, l’écorchure aux genoux, la larme après la piqûre de l’épine, de l’ortie ❽, belle même si on a des trous dans les poches, et subi des reproches.
C’est un temps rassemblant des morceaux de puzzle, des petits bouts de soi, des premiers pas comme de grands combats, des exploits. C’est un temps désordonné, c’est un temps où on repart pour tout y mélanger, les décors, les visions, les versions des histoires et les années. C’est le temps qui diffuse des familles unies, qui infuse des amitiés, qui refuse des oiseaux blessés. C’est le temps de toutes les bonnes excuses pour devenir héros ❾.
C’est le temps qu’il faut pour s’apaiser ou tout recommencer comme si on était toujours cet enfant. C’est le temps qui ne dit rien pour l’après. C’est un temps à renaissance bien servie quand on y repart vraiment, et c’est un temps suivi de la conscience du temps qui a fui, des absences, de ceux qui ne sont plus, de ce qui a disparu quand on y va sans faire semblant.
Tant de poètes ont écrit leur enfance nous évoquant tant la notre. Certains ont écrit l’enfance de leurs descendants, comme si différente à la leur, comme si ressemblante aussi.  


L’ENFANCE DES DETRESSES

L’enfance là idyllique et magique n’est pas donnée à tous, loin s’en faut. Si la sienne est moche, rempli de taloches, et de graves reproches se peut-il qu’on veuille s’en souvenir ? N’est-il pas mieux de la fuir ? Des malheurs trop tôt peuvent-ils faire grandir ? N’y a-t-il pas des espaces où retrouver des parcelles, des îlots de tendresse et de caresses ? Comme il m’est difficile d’imaginer comme on peut écrire d’une enfance gâchée, torturée, à jamais blessée. Peut-on y écrire des pardons, des absolutions ?
Bien des poètes ont eu une malheureuse enfance, faute de parents ou de sentiments, leur laissant tant de souffrances. Leur enfance fut le temps de grandes fêlures, de graves déchirures ou blessures.

Par le monde, toutes les enfances ne sont pas bienheureuses. Je peux et voudrais en témoigner comme des hommes et des poètes authentiques l’ont déjà fait. C’est le temps des orphelins, des enfants comme parents vauriens, bons à rien, moins que rien, des enfants trop bouches à nourrir ❿, des enfants affamés, mutilés, réfugiés, en mortel danger, des enfants les premiers à souffrir de la folie des hommes. C’est le temps des enfants qu’on loue, qu’on vend. C’est le temps des enfants qui doivent partir. C’est le temps des enfants martyres. Ce temps est alors des causes à dénoncer à l’invraisemblable, des conséquences à envisager à tous dommageables, de l’indifférence coupable, de la prise de conscience que nous en sommes tous comptables et responsables. N’est-ce pas l’occasion majeure pour les hommes de volonté, pour les poètes de dire que ne rien faire n’est pas envisageable ?




REFERENCES EN POESIE

❶ Il laisse voir, ainsi qu'un lys éblouissant,
La pure nudité de sa chair d'innocent
[i]Albert Samain – Le berceau


❷ Croyais-je, exempt de toute peine
Que, dans notre vaste univers,
Tous les maux sortis des enfers,
Avaient établi leur domaine ?
Gérard de Nerval – L’enfance

❸ Ils écoutent l'herbe qui pousse,
Eux seuls respirent son parfum
René François Sully Prudhomme – L’enfant et la terre

❹ Enfant sur la terre on se traîne,
Les yeux et l'âme émerveillés
René François Sully Prudhomme – L’enfant et la terre

❺ Je sens déjà que je l'oublie,
Et, parfois, songeur au front las,
Je m'en repens et me rallie
Aux enfants qui vivent plus bas
René François Sully Prudhomme – L’enfant et la terre

❻ J'ai vu la terre aussi me tendre
Ses bras, ses lèvres, autrefois !
René François Sully Prudhomme – L’enfant et la terre

> Qu'ils étaient doux ces jours de mon enfance
Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
Gérard de Nerval – L’enfance

❼ Le père, en étouffant ses pas, s'est approché
Du petit lit candide où l'enfant est couché ;
Et sur cette faiblesse et ces douceurs de neige
Pose un regard profond qui couve et qui protège
Albert Samain – Le berceau

❽ De la vie en cueillant les fleurs,
Je n'en sentais pas les épines
Gérard de Nerval – L’enfance

❾ Ils vont reconnaître la terre
Et pressent tout de leurs deux mains
René François Sully Prudhomme – L’enfant et la terre

❿ Des enfants, mal langés dans de pauvres tartans,
Voient au bout d'un sein bleu geler la goutte blanche
Jean Richepin – La neige est triste





Gil DEF. Dernière mise à jour : 8 mars 2008

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