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Richard Coeur de Lion - Jà nus hons pris ne dira sa raison

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Richard Coeur de Lion - Jà nus hons pris ne dira sa raison Empty Richard Coeur de Lion - Jà nus hons pris ne dira sa raison

Message  Gil Def Mer 11 Aoû - 19:05

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LES OEUVRES DES TROUBADOURS

Richard Coeur de Lion






Jà nus hons pris ne dira sa raison
Jamais nul prisonnier ne parlera de façon véridique

Richard Coeur de Lion
Interprètes : Modo Antiquo & Bettina Hoffmann



Jà nus hons pris ne dira sa raison
Adroitement, sé dolentement non ;
Mais, por confort, puet-il faire chanson
Moult ai d’amis, mais povre sont li don ;
Honte en auront, sé por ma réançon
Sui ces deus yvers pris.

Jamais nul prisonnier ne tiendra de propos
De façon véridique, si ce n'est de façon attristée ;
Mas il peut faire un effort pour composer une chanson.
J'ai beaucoup d'amis, mais pauvres sont les dons ;
Honte à eux si pour réunir la rançon
— Je reste ici prisonnier deux hivers.


Ce savent bien mi home et mi baron,
Englois, Normant, Poitevin et Gascon,
Que je n’avoie si povre compagnon
Que je laissasse, por avoir, en prison.
Je nou lo dis por nule retraiçon,
Mais encor sui-je pris.

Ils le savent bien, mes hommes et barons,
Anglais, Normands, Poitevins et Gascons,
Que je n'ai nul compagnon si pauvre soit-il
Que je laisserais en prison sans rien faire.
Je ne dis pas cela par reproche,
Mais je suis encore prisonnier.


Or sai-je bien, de voir certainement,
Que moi ne prisent né amin né parent,
Quant on me laist, por or né por arget.
Moult est de moi, mais plus m’est de ma gent ;
Qu’après ma mort auront reprovier grant,
Sé longement sui pris.

Maintenant je sais de façon sûre et certaine,
Que ni mort ni prisonnier n'a d'ami ni de parent,
Quand on me fait défaut pour verser de l'or et de l'argent.
Ce sera beaucoup de ma faute, mais plus encore celle de ma gent,
À qui on pourra faire reproche après ma mort
Si je reste longtemps prisonnier.


N’est pas merveille sé j’ai lo cuer dolent
Quant mes sires tient ma terre à torment ;
Sé li membroit de nostre sairement
Que nos féismes amdui, communaument,
Bien sai, de voir, que céans longement
Ne seroie pas pris.

Ce n'est pas surprenant si j'ai le cœur triste,
Alors que mon seigneur jette mes terres dans la tourmente.
S'il se souvenait de notre serment
Que nous avons prêté conjointement,
Je sais de façon certaine qu'il y a déjà longtemps
Que je ne serais plus prisonnier ici.
.

Mes compaignons que j’amoie et que j’aim,
Ces de Caeu et ces des Porcherain,
Dis-lor, chanson, que ne sunt pas certain ;
Qu’oncques vers aus n’enoi cuer faus né vain.
S’il me guerroient, il font mout que vilain,
Tant cum je serai pris.

À mes compagnons que j'aimais et que j'aime,
Ceux de Caen et ceux du Perche,
Dis-leur, chanson, qu'ils ne sont pas fidèles ;
Que jamais je n'eus envers eux mauvais ou faible cœur.
S'ils me combattent, ils seront indignes de leur rang,
Tant que je serais prisonnier.


Ce savent bien Angevin et Torain,
Cil bacheler qui or sont riche et sain,
Qu’encombrés sui loin aus, en autrui main ;
Forment m’aidaissent, mais il n’i voient grain ;
De beles armes sont ore vuit cil plain,
Por tant que je sui pris.

Ils le savent bien, les Angevins et les Tourangeaux,
Ces bacheliers qui maintenant sont riches et bien-portants,
Que je suis emprisonné loin d'eux par une autre autorité ;
Ils m'aimaient énormément, mais maintenant ne m'aiment plus.
De beaux lignages sont désormais dépourvus de moyens
Parce que je suis prisonnier.


ENVOI.

Contesse, suer vostre pris souverain,
Vous saut et gart cil à qui je m’enclain,
Et por qui je suis pris ;
Je ne dis pas de cele de Chartain,
La mère Loéis.


ENVOI

Sœur comtesse, votre souverain prisonnier,
Puisse vous sauver et garder celui auprès duquel je réclame justice,
Et pour qui je suis prisonnier ;
Je ne dis absolument rien à celle de Chartres,
La mère de Louis.



Remarque :
La BNF fait état de 9 enregistrements sonores de ce rotrouenge.

Richard Cœur de Lion (1157-1199) fut roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou de 1189 à sa mort en 1199. Il est en particulier l'auteur de deux chansons connues dont celle qui est présentée ici.








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La poésie, c'est les paroles éparses du réel (Octavio Paz)
Gil Def
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