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La mort et le deuil

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Message  Gil Def le Sam 8 Mar - 12:57

La mort et le deuil 3343609222


LA MORT ET LE TEMPS

ESSAI DE GIL DEF



Le thème de la mort est un thème récurrent de l’écriture et de la poésie. Il est à mon avis impossible à un poète de l’éviter. Il lui faut l'affronter pour être pleinement complet, et faire preuve de maturité, d’authenticité et d’humanité dans sa poésie.

LA MORT SI LOIN ET SI LA

Bien sûr, on peut penser que nous ne pouvons appréhender la mort de la même façon aujourd’hui qu’en des temps anciens. Heureusement, nous ne connaissons plus dans nos pays industrialisés les famines et les épidémies qui déciment, la forte mortalité infantile. Le spectre des massacres, des guerres, des génocides semble lointain. Les progrès des sciences et de la médecine, l’allongement de notre espérance de vie sans doute nous rassurent.
Pourtant, la mort sans cesse frappe dans le monde et fait des dizaines, des centaines, de milliers de victimes jusqu'aux impossibles comptes ❶. Ce sont des catastrophes naturelles ou accidentelles. Ce sont encore des famines et des épidémies dans les pays les plus pauvres, ce sont des guerres, des massacres, des condamnations sommaires. Face à cela, s’installe souvent l’habitude, voire l’indifférence, le fatalisme, la bonne conscience que personne ne peut rien y faire. Pourtant, des choses nous rappellent qu’elle est toujours à notre porte. Des personnes âgées meurent par dizaines au cours d’un été récent, des délaissés meurent aujourd’hui sur des trottoirs chaque hiver. L’incapacité à protéger les biens naturels de la planète ne met elle pas l’espèce humaine en grand danger ?
Le poète étranger à tout cela perdrait à mon avis son humanité.  
 

LA MORT SI PROCHE, TERRIBLE ADRESSE DES REPROCHES

Combien la mort nous désarme, nous plonge dans le drame ❷. C’est souvent par la mort d’un proche, d’un parent, d’un ami qu’on se sent terriblement concerné. On la découvre tôt ou tard, toujours sans y être préparé surtout quand on nous l’a caché, quand on nous l’a occulté. On la découvre souvent comme la plus grande injustice ❸ se moquant de l’âge ❹, du mérite des personnes qu’elle emporte. Elle est cruelle en bien des cas dans sa façon de mettre fin à la vie. C’est une maladie foudroyante, un accident toujours imprévu, un suicide, c’est un acte criminel ou terroriste. Elle est tragique pour ceux qui devront continuer de vivre avec des images terribles et des manques impossibles à combler ❺. Comme est difficile le chemin du deuil ❻ qui passe du refus ❼, à la résignation, puis à l'acception, et à la prise de conscience de sa propre mort ❽.
Le poète a bien du mal à faire son deuil comme tant d’humains.

LA MORT DE SOI-MEME

Le plus difficile, le plus compliqué reste sans doute l’affrontement avec l’idée de sa propre mort. La société actuelle ne nous y aide en rien. Elle fait de la mort un sujet tabou tout comme la vieillesse. Les mots même disparaissent, on parle de personnes âgées, du troisième âge, voire de l’âge d’or. Le jeunisme est un vrai fonds de commerce pour les multiples activités liées à la remise en forme, à l’oubli de l’âge. Cet état d’esprit a des conséquences catastrophiques sur l’appréhension de notre dimension mortelle.
Bien sûr, je crois qu’il est très difficile d’être serein face à cette perspective ❾. Qui peut rester stoïque face au péril de sa vie ? ❿ Qui ne souhaite pas qu’elle vienne le plus tard possible ? Qui ne souhaite pas vieillir paisiblement et que la mort soit douce ? ⓫  
Bien sûr, tout dépend du sens qu’on donne à sa vie. Comme il est difficile de comprendre celui qui met en jeu sa vie pour les siens ou pour une cause. Pourquoi parle-t-on ici de courage et d’abnégation pour l’un et d’aveuglement pour l’autre ?
Tout dépend aussi de son état physique et psychique. Comme il est difficile de comprendre ceux qui souhaitent, appellent ou réclament leur mort quand on n’est pas dans ces situations de détresse, de souffrances physiques ou mentales.
La vraie sérénité ne vient-elle pas du sentiment profond d’un bilan satisfaisant de sa vie ?

ET AU-DELA DE LA MORT

Dans nombre de religions, la mort terrestre et temporelle ne signifiera pas pour autant la mort spirituelle. Au contraire, pour les fidèles et adeptes de ces religions, il y a la possibilité d’une vie éternelle auprès d’un dieu, vie qu’il faut mériter bien sûr. Dans les rites funéraires, les vivants prennent alors un rôle d’accompagnement, d’aide matérielle et spirituelle pour le passage entre ces deux vies et pour le gain définitif de la vie éternelle par les défunts. Cette croyance se renforce aussi de l’idée de retrouver un jour les êtres chers. Sans doute que les croyants trouvent dans cette foi une grande sérénité face à la mort ⓬ mais je n’en suis pas persuadé. Les croyants les plus affirmés traversent tout autant des périodes de malaises, de doutes ⓭, voire de rupture avec leur croyance quand d’autres personnes font aussi parfois le chemin inverse, trouvant ainsi un réconfort à leur malheur.
Pour d’autres, les morts méritent un repos réparateur et éternel après l’agitation du monde terrestre. C’est le souhait du « requiescat in pace » ⓮, du « reposes en paix », abrévié en RIP gravé sur de nombreuses tombes.
D’autres croient au retour possible des morts parmi les vivants, soit de façon positive, soit de façon négative, soit par la réincarnation.
D’autres encore pensent que les morts ont pleinement leur place parmi les vivants, qu’ils ont à nous guider, à nous enseigner ⓯. Il n’est pas rare de voir des personnes touchées par un deuil brutal se sentir comme investies d'une mission, et agir pour éviter à d'autres le drame qu’ils ont vécu, ou pour aider les personnes touchées par un drame similaire.  

Les poètes n’ont-ils pas cette capacité à nous aider à ne pas fuir ces questions que nous nous posons tous sur la mort même si on n’en dit rien ?

¤


REFERENCES POETIQUES

❶ "Multitudes sans voix, vains noms, races finies,
Feuilles du noble chêne ou de l'humble arbrisseau"
Charles Marie Leconte de Lisle - Aux morts

❷ "Oh ! je fus comme fou dans le premier moment,
Hélas ! et je pleurai trois jours amèrement"
Victor Hugo - Oh ! je fus comme fou

> Lucile est morte hier, et je sanglote, étant
Comme une cloche vaine en une solitude
Emile Nelligan – La sorella dell’amore

> J'erre en sanglotant mes vers
Dans le vent qui les emporte
Mon pauvre coeur trépassé
Dort sur celui de la morte[/color]
Gaston Couté - Requiescat in pace

> Et sur le velours funèbre des cieux
Roulent des pleurs d'or tombés des étoiles
Gaston Couté – Le deuil du moulin

> Je vous donnerai tant de larmes
Que vous me rendrez mes enfants
Marceline Desbordes-Valmore – L’âme errante

> Et la cuisine vaste est pleine de sanglots !...
Anatole Le Braz – Au manoir de Keranglaz

❸ Je vais redemander au sort
Les doux fruits d'une fleur amère,
Mes petits volés par la mort[/color]
Marceline Desbordes-Valmore

❹ Elle est morte, et n'a point vécu.
Alfred de Musset – Sur une morte

> L'innocente victime, au terrestre séjour,
N'a vu que le printemps qui lui donna le jour
André Chénier – Sur la mort d’un enfant

❺ Et le vieux moulin, le pauvre moulin
Dont le maître est mort un matin d'automne,
Gît parmi les champs, sous la lune atone,
Seul et délaissé comme un orphelin
Gaston Couté – Le deuil du moulin

> Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps
Victor Hugo – Demain, dès l’aube.

> Je suis la prière qui passe
Sur la terre où rien n'est à moi
Marceline Desbordes-Valmore – L’äme errante

❻ Fantôme d'enfant ou de femme ?
Sur la veilleuse il a soufflé
Quelque chose d'inconsolé
S'est mis à pleurer dans mon âme
Anatole Le Braz – Nocturne

> Et qu'il fera froid, cet hiver,
Dans le coeur dolent des Bretonnes,
Veuves tragiques de la mer
Anatole Le Braz – L’éternelle histoire

> Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit
Victor Hugo – Demain dès l’aube

❼ Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,
Je fixais mes regards sur cette chose horrible,
Et je n'y croyais pas, et je m'écriais : Non ! --
Victor Hugo - Oh ! je fus comme fou

❽ Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous
André Chénier – Sur la mort d’un enfant

❾ Pour ne pas sentir, à ma dernière heure,
Que mon coeur se fend,
Pour ne plus penser, pour que l'homme meure
Comme est né l'enfant
René François Sully Prudhomme – L’agonie

❿ La frayeur de la mort ébranle le plus ferme
Théophile de Viau - La frayeur de la mort ébranle le plus ferme

⓫ Faites que j'entende un peu d'harmonie,
Et je mourrai bien
René François Sully Prudhomme – L’agonie

⓬ Et dire qu'elle est morte! Hélas! que Dieu m'assiste !
Victor Hugo - Elle avait pris ce pli

⓭ Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom
Qui font que dans le coeur le désespoir se lève ? --
Victor Hugo - Oh ! je fus comme fou

⓮ Elle git loin du soleil
Sous le grand champ en jachère
Où tout est paix et sommeil
Gaston Couté - Requiescat in pace

> La voix du vent dit, dans les roseaux roux,
Un hymne au bon Dieu pour la paix de l'âme
Du défunt …
Gaston Couté – Le deuil du moulin

> La vie est si douce où tu vas ;
" Elle est si mauvaise ici-bas,
Anatole Le Braz – Au manoir de Keranglaz

> Vous (les morts) goûtez à jamais, hôtes d'un noir mystère,
L'irrévocable paix inconnue à la terre
Charles Marie Leconte de Lisle - Aux morts

⓯ "(les morts) ils ne demandent pas qu'une douleur oisive
Se traîne avec des pleurs autour de leurs cercueils.
Ils comprennent la part que l'oeuvre successive
Fait à la joie et à l'orgueil."
Emile Verhaeren - Les morts



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