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Baudelaire - Théodore de Banville

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Message  Gil Def Lun 8 Fév - 16:56

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LES PHARES ET LES PASSERELLES

LES POETES, L’ART POETIQUE





Baudelaire
Théodore de Banville


Baudelaire - Théodore de Banville Charle10


Toujours un pur rayon mystérieux éclaire
En ses replis obscurs l’œuvre de Baudelaire,
Et le surnaturel, en ses rêves jeté,
Y mêle son extase et son étrangeté.
L’homme moderne, usant sa bravoure stérile
En d’absurdes combats, plus durs que ceux d’Achille,
Et, fort de sa misère et de son désespoir,
Héros pensif, caché dans son mince habit noir,
S’abreuvant à longs traits de la douleur choisie,
Savourant lentement cette amère ambroisie,
Et gardant en son cœur, lutteur déshérité,
Le culte et le regret poignant de la beauté ;
La femme abandonnée à son ivresse folle
Se parant de saphirs comme une vaine idole,
Et tous les deux fuyant l’épouvante du jour,
Poursuivis par le fouet horrible de l’Amour ;
La Pauvreté, l’Erreur, la Passion, le Vice,
L’Ennui silencieux, acharnant leur sévice
Sur ce couple privé du guide essentiel,
Et cependant mordu par l’appétit du ciel,
Et se ressouvenant, en sa splendeur première,
D’avoir été pétri de fange et de lumière ;
L’être vil ne pouvant cesser d’être divin ;
Le malheureux noyant ses soucis dans le vin,
Mais sentant tout à coup que l’ivresse fatale
Ouvre dans sa cervelle une porte idéale,
Et, dévoilant l’azur pour ses sens engourdis,
Lui donne le frisson des vagues paradis ;
Le libertin voyant, en son amer délire,
Que l’ongle furieux d’un Ange le déchire,
Et le force, avivant cette blessure en feu,
À traîner sa laideur sous l’œil même de Dieu ;
La Matière, céleste encor même en sa chute,
Impuissante à créer l’oubli d’une minute,
Pâture du Désir, jouet du noir Remord,
Et souffrant sans répit jusqu’à ce que la Mort,
Apparaissant, la baise au front et la délivre ;
Ô mon âme, voilà ce qu’on voit dans ce livre
Où le calme songeur qui vécut et souffrit
Adore la vertu subtile de l’esprit ;
Voilà ce que l’on voit dans ces vivantes rimes
Où Baudelaire, épris de l’horreur des abîmes
Et fuyant vers l’azur du gouffre meurtrier,
Dédaigne de descendre au terrestre laurier ;
Dans cette œuvre d’amour, d’ironie et de fièvre,
Où le poète au cœur meurtri penche sa lèvre
Que les mots odieux ne souillèrent jamais
Vers la Foi pâlissante, ange des purs sommets,
Et, triste comme Hamlet au tombeau d’Ophélie,
Pleure sur notre joie et sur notre folie.



- Les Exilés -
 








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Gil Def
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