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Amour vrai - Georges Rodenbach

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Amour vrai - Georges Rodenbach Empty Amour vrai - Georges Rodenbach

Message  Gil Def Dim 11 Avr - 15:40

Amour vrai - Georges Rodenbach 721364  Amour vrai - Georges Rodenbach 721364  Amour vrai - Georges Rodenbach 721364


BONHEUR, DOULEUR ET MALHEUR D’AIMER

LES INSTANCES AMOUREUSES




Amour vrai
Georges Rodenbach


Amour vrai - Georges Rodenbach Amours12


Ce jour sera peut-être un grand jour dans ma vie !

Nous étions en pleins champs. La fleur était ravie
De voir des amoureux marcher sur le chemin,
Côte à côte, à pas lents, et la main dans la main.
Je me taisais : pourtant j’avais tant à lui dire :
Quand je la regardais, ne sachant que sourire,
Et sentant un désir vague de l’embrasser
Si par d’étroits sentiers nous venions à passer.
Elle allait, sautillant à l’ombre des ramures ;
Sa lèvre mince avait l’éclat des fraises mûres,
Son œil noir reluisait comme un charbon ardent,
Et ses cheveux d’ébène, agités par le vent,
Flottaient comme une frange autour de son front pâle.
Sa voix souffrante avait le tremblement du râle,
Car elle pressentait, triste, effeuillant des fleurs,
Qu’un jour il finirait peut-être dans les pleurs

Ce doux rêve d’amour commencé dans le rire !…
Mais l’oiseau blessé dresse, au moment qu’il expire,
Son aile, et rêve encor du nid qu’il veut garnir ;
Elle rouvrait son cœur aux projets d’avenir ;
Une rougeur joyeuse empourprait son visage
Comme un frais arc-en-ciel reluit après l’orage,
Et son regard voilé se plongeait dans le mien
Moi, je la comprenais… et je ne disais rien…

Nous étions dans ce calme où l’amour se recueille,
Timides, arrachant à chaque arbre une feuille,
Mordillant des bleuets et fouettant le gazon,
Regardant, sans rien voir, le bout de l’horizon.

Oh ! tout semblait joyeux ! les branches étaient souples,
Les pigeons blancs de neige étaient groupés par couples,
Le ruisseau bleu jasait en roulant ses cailloux.
Nous avions le désir de tomber à genoux ;
Toujours d’accord, au moins faisant semblant de l’être ;
Nous enlaçant tous deux sur le vieux tronc de hêtre
Suspendu comme un pont au fossé du chemin.

Et je marchais rêvant d’un cortège d’hymen
Près des autels, ayant leur éclat du dimanche,
D’une humble fiancée avec la robe blanche,
Et d’une mère avec des enfants aux genoux.

Et vous, objet du rêve, à quoi donc songiez-vous
Quand nous allions ainsi le long de la prairie ?

Ce jour sera peut-être un grand jour dans ma vie !



- Le Foyer et les Champs -









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La poésie, c'est les paroles éparses du réel (Octavio Paz)
Gil Def
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